Pendant longtemps, j’ai cru que la vraie question était celle de la performance.
Comment obtenir de meilleurs résultats ? Comment progresser plus vite ? Comment devenir plus efficace dans ce que l’on fait ? Cette recherche m’a habité très tôt, avec tout ce qu’elle peut contenir d’élan, d’exigence, de goût pour le dépassement de soi, mais aussi de tension et de stress.
J’ai découvert cet univers à travers les arts martiaux. À 17 ans, j’ai été champion de France de Nunchaku. Ensuite, pendant de nombreuses années, je suis devenu une dizaine de fois champion de France et membre de l’équipe de France de Jodo, un art martial japonais qui met en jeu un bâton face à un sabre. Plus tard, cette même dynamique m’a conduit vers la pensée visuelle, avec les championnats de mind mapping, jusqu’à devenir Champion de France puis Champion du Monde.
Avec le recul, je vois bien que ce parcours raconte quelque chose de mon tempérament. J’aimais progresser, comprendre, m’entraîner, affiner un geste, chercher la maîtrise. J’aimais cette intensité particulière que l’on rencontre quand on se sent pleinement engagé dans une discipline.
Mais il y avait un autre versant, beaucoup moins lumineux.
À l’école, je n’avais pas du tout ce même niveau de réussite. Et je ne vivais pas cela comme un simple écart de résultats. C’était une vraie souffrance. Je voyais bien que, dans certains contextes, j’étais capable de discipline, de concentration et de progression, alors que dans d’autres, quelque chose ne prenait pas. Et je ne comprenais pas pourquoi.
J’ai retrouvé plus tard ce même décalage dans ma vie professionnelle, lorsque j’étais salarié. Là encore, je n’étais pas particulièrement brillant. J’étais un employé moyen, sans plaisir dans ce que je faisais, sans cette sensation d’être à ma place et d’exprimer quelque chose de moi. Ce contraste m’a longtemps travaillé : pourquoi certaines situations semblaient réveiller le meilleur de moi-même, alors que d’autres me laissaient dans une forme d’inertie ou d’empêchement ?
C’est sans doute là que ma recherche a vraiment commencé.
Au départ, je me suis intéressé à l’efficacité. Je voulais comprendre comment atteindre un objectif, comment obtenir un résultat, comment faire mieux. Puis ma réflexion s’est affinée. J’ai commencé à observer que deux personnes pouvaient parvenir à un résultat proche sans mobiliser la même quantité d’énergie, de temps, d’attention ou d’effort intérieur. Cette observation m’a conduit vers la notion d’efficience, puis plus tard vers celle d’efficience cognitive.
Je n’ai pas exploré ces notions depuis un bureau, de manière purement théorique. Je les ai cherchées dans l’expérience. Dans la pratique martiale. Dans l’entraînement. Dans la facilitation graphique, le mind mapping, le sketchnote. Dans tous ces moments où, soudain, quelque chose s’aligne. L’attention devient plus stable. Le geste devient plus juste. L’action gagne en fluidité. On sent que l’on accède à une qualité de présence particulière.
C’est ce qui m’a amené, progressivement, à m’intéresser à l’état de flow.
Un état dans lequel l’on se sent à la fois intensément présent, profondément absorbé et étrangement disponible. Un état où les choses semblent demander moins de friction, où l’on pense plus clairement, où l’on agit avec plus de cohérence, et où la performance cesse d’être une obsession et un but en soi pour devenir souvent une conséquence.